Mise en garde : Des comptes frauduleux circulent en notre nom dans les médias sociaux.
Assurez-vous d’interagir avec nos 2 seuls comptes officiels sur LinkedIn et Facebook !

Fondation Lucie et André Chagnon

EN
Accueil Fermer
Publications
Publications

C’est au cœur des communautés que la réforme de la prévention en santé doit prendre racine

Alors que le Québec fait face à une accumulation de crises — itinérance, insécurité alimentaire, événements climatiques extrêmes et pression sur les services publics et communautaires — les initiatives de Développement des communautés territoriales (DCT) apparaissent plus nécessaires que jamais. Bien que les orientations gouvernementales semblent les soutenir, leurs acteurs et actrices demeurent préoccupés par la manière dont ces approches seront réellement appliquées.

Notre présidente-directrice générale, Adrienne Kelly, s’est jointe aux acteurs et actrices du développement des communautés pour signer cette lettre.


TEXTE DE LA LETTRE OUVERTE

C’est au cœur des communautés que la réforme de la prévention en santé doit prendre racine

Les acteurs et actrices du Développement des communautés offrent leur collaboration au ministère de la Santé et des Services sociaux

Madame Sonia Bélanger, Madame Biron et Madame Quach-Thanh 

Dans le contexte des réformes actuelles du système de la santé et des services sociaux, les initiatives de développement des communautés territoriales (DCT) se disent d’une part encouragées par l’orientation des politiques, mais inquiètes de leurs applications réelles. 

Le Québec traverse actuellement une période où plusieurs crises se cumulent et s’aggravent mutuellement. Itinérance, insécurité alimentaire, événements climatiques extrêmes, tensions économiques et politiques et pression sur les services publics et communautaires : nos milieux de vie font face à une hausse marquée des besoins de soutien et à des situations de plus en plus complexes. Ces réalités mettent en lumière les limites de nos façons de faire actuelles, souvent centralisées et lourdes, et rappellent l’importance de s’appuyer sur des approches plus proches du terrain, plus collaboratives et mieux adaptées aux réalités locales.

Dans ce contexte où la confiance envers les institutions publiques est fragilisée, et où les récentes démissions au sein du gouvernement accentuent l’incertitude politique, il apparaît d’autant plus essentiel de s’appuyer sur des leviers déjà éprouvés pour maintenir la cohésion sociale et la capacité d’agir collective. Cette période charnière rappelle que les orientations structurantes en matière de santé et de services sociaux ne peuvent dépendre des aléas politiques, mais doivent plutôt s’ancrer dans des mécanismes durables, portés par les territoires ainsi que par les acteurs et actrices de proximité. Les démarches de développement des communautés territoriales constituent précisément l’un de ces leviers.

La transformation du réseau de la santé au Québec

C’est dans ce contexte difficile que s’amorce un moment charnière pour le Québec: la transformation du réseau de la santé avec sa Stratégie nationale de prévention, sa future Politique de première ligne et l’arrivée de Santé Québec. Dans ses écrits, le ministère de la Santé et des Services sociaux semble miser sur la gestion de proximité et la prévention. Ces orientations nous apparaissent pertinentes, plusieurs acteurs de la société civile et du système de santé et des services sociaux les appuyant depuis plusieurs dizaines d’années. Elles offrent un potentiel réel pour améliorer la santé de façon durable et renforcer la capacité d’agir des territoires. 

Toutefois, partout au Québec, un écart se creuse actuellement entre l’ambition publique affichée et les conditions réelles de mise en œuvre, par exemple, des coupures de postes en organisation communautaire dans les CISSS et CIUSSS, des diminutions des budgets des bureaux de partenariats, etc. Il ne s’agit pas d’un problème d’intention, mais d’un enjeu de cohérence politique, de gouvernance, de conditions d’action et de financement. La réussite de la transformation nécessite une prise en compte de la réalité des milieux et une mobilisation collective à toutes les échelles. Ces contradictions se manifestent déjà dans les territoires, et les constats qui suivent montrent de manière très concrète comment les conditions actuelles de mise en œuvre limitent la portée réelle des orientations annoncées.

Une centralisation qui fragilise l’action locale

Depuis l’intégration des CLSC aux CSSS, puis aux CISSS et CIUSSS, plusieurs mécanismes locaux d’analyse territoriale et de décision se sont affaiblis quand ils n’ont pas été carrément abolis. Les décisions se prennent désormais à distance des réalités vécues par les personnes et des milieux de vie, dans leur diversité sociale et culturelle. La création des CISSS et des CIUSSS a renforcé cette distance. Qu’en est-il aujourd’hui avec la centralisation dans une seule instance nationale? Lorsque le pouvoir de choisir, de décider et d’agir s’éloignent, les solutions adaptées, efficaces et pérennes s’éloignent aussi.

Un filet social affaibli au moment où il devrait être renforcé

Les démarches de DCT s’appuient sur une diversité d’actrices et d’acteurs, notamment des organisations communautaires et des organisations du milieu, qui sont en première ligne sur le terrain et portent une connaissance des enjeux locaux. Les démarches jouent un rôle déterminant pour améliorer les conditions de vie et la santé : ils relient les expertises, mobilisent les ressources locales, anticipent les besoins émergents et soutiennent l’adaptation des milieux aux transformations sociales, économiques et environnementales. Mieux encore, ces espaces de collaboration intersectoriels développent une vision du Québec de demain et travaillent concrètement à le coconstuire.

Dans ces lieux de concertation, des acteurs institutionnels (scolaires, santé publique, etc.), municipaux, communautaires ainsi que des citoyens et citoyennes arrivent à analyser ensemble les réalités territoriales, à décider collectivement et à agir de façon coordonnée. Or, dans plusieurs régions, les capacités d’animation, de soutien et de liaison nécessaires à ces démarches se trouvent fragilisées ou réduites, alors même que ces mécanismes devraient être consolidés. Nous ne pouvons pas affaiblir un levier aussi central pour la prévention, l’action collective et la résilience territoriale au Québec.

L’intersectorialité ne peut pas se limiter aux discours

La prévention, la santé publique et la résilience territoriale ne peuvent se déployer sans concertation locale intersectorielle, sans espaces communs de réflexion et sans capacité de décision et d’action collectives. Dans une grande majorité de territoires, ces collaborations arrivent à se maintenir et à créer de la santé pour toutes et tous, en dépit d'un manque de soutien de l'État québécois. Ces espaces intersectoriels territoriaux, une architecture unique de collaboration, constituent des leviers dont on ne saurait se passer. Pour déployer leur plein potentiel, ils doivent non seulement être reconnus pleinement, mais appuyés concrètement par un financement stable et récurrent.

Le développement des communautés territoriales : une solution déjà active au Québec

L’approche de développement des communautés territoriales est présente et opérationnelle dans plus de 250 démarches au Québec, tant au palier local que régional. Elle repose sur le rassemblement des acteurs et actrices concerné.e.s par le devenir d’un territoire afin d’agir ensemble sur les conditions de vie. Elle permet de déterminer des priorités communes, d’adapter les interventions, de soutenir les dynamiques d’entraide, de mobiliser les ressources locales, de prévenir les problèmes avant qu’ils ne deviennent des crises, et de développer des solutions pérennes et intégrées. Cette approche produit une valeur sociale importante, souvent invisible administrativement, mais décisive pour la santé des populations. 

Ce que nous proposons pour répondre aux enjeux complexes:

  • Réinstaurer une gouvernance de proximité de la santé ancrée dans les territoires, en s’appuyant sur les dynamiques que portaient à l’origine les CLSC dans leur vision de gouvernance locale.
  • Stabiliser et renforcer les équipes d’organisation communautaire dans les CISSS et les CIUSSS afin qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle.
  • Reconnaître concrètement les organismes communautaires et les démarches territoriales de concertation comme des partenaires décisionnels, notamment par un financement à la mission adéquat, une participation formelle aux espaces de décision et la prise en compte de leur expertise dans l’élaboration des politiques et des actions.
  • Intégrer des indicateurs humains, relationnels et territoriaux dans le suivi des transformations pour mieux refléter la réalité des milieux.
  • Reconnaître et consolider les espaces existants de participation citoyenne et de concertation en prévention et en santé.

Nous tendons la main, maintenant.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui est simple : une volonté politique de faire équipe avec les territoires et de reconnaître la valeur stratégique de la proximité. Cette reconnaissance est bien présente dans les intentions, mais elle ne se traduit pas encore suffisamment dans les moyens concrets accordés aux acteurs et actrices du terrain.

Nous croyons que la solution est collective et qu’elle commence par la reconnaissance réelle des forces de proximité et de la diversité des actrices et acteurs qui les composent. Reconnaître, c’est permettre aux acteurs et actrices en développement des communautés d’agir pleinement, en s’appuyant sur les infrastructures collectives qu’ils ont développées pour travailler ensemble et répondre aux besoins des territoires.

Pour que cette reconnaissance prenne forme, les moyens doivent suivre les ambitions. Les politiques publiques ne peuvent rester au stade des intentions : elles doivent s’incarner dans un plan d’action construit avec les territoires, à partir de leur expertise et de leur capacité d’agir.

Le contexte actuel représente une occasion à saisir. Il offre une fenêtre pour s’allier autrement avec les territoires et avancer vers un Québec plus collaboratif, plus ancré, en santé et à l’écoute des voix expertes de celles et ceux qui œuvrent chaque jour sur le terrain.


Les signataires

  • Collectif des partenaires en développement des communautés (CPDC)
  • Adrienne Kelly, présidente-directrice générale de la Fondation Chagnon
  • Charles Fillion, directeur général du Centre St-Pierre
  • Marie-Line Audet, directrice générale de la Table national des Corporations de développement communautaire
  • Mélanie Mailhot, coordonnatrice du Regroupement québécois des intervenantes et intervenants en action communautaire en CISSS et CIUSSS (RQIIAC)
  • Catherine Chouinard, directrice générale de Communagir
  • Denis Bourque, à titre personnel de professeur en Travail social à l'UQO
  • Isabelle Lizée, directrice générale d’Espace MUNI
  • Rachel Pouliot, directrice générale du Réseau québécois de développement social.
  • Marie-Emmanuelle Côté, coordonnatrice du réseau de développement des communautés de la Capitale-Nationale
  • Maria Anastasaki, coordonnatrice de l’Opération veille et soutien stratégique (OVSS)
  • Camélia Zaki, directrice principale, Impact dans les collectivités | Développement social de Centraide du Grand-Montréal
  • Nancy Lacoursière, directrice principale, Développement social de Centraide des régions centre-ouest du Québec

Lettre ouverte publiée le 27 janvier 2026